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"Une Europe qui nous protège, c'est possible !"

Phillipe de Villiers se confie à l'hebdomadaire Valeurs Actuelles à la veille des Elections europénnes Sous l’égide du mouvement Libertas, présent dans les vingt-sept pays de l’Union, le président du MPF part à l’assaut du Parlement européen. Avec le candidat des chasseurs, Frédéric Nihous.



Entretien. Le président du MPF se lance pour les européennes.
Eric Branca, le 12-03-2009 Valeurs actuelles

C’est la première fois que vous participez à une campagne européenne, sous l’étiquette d’un mouvement paneuropéen. Cela signifie-t-il que le message de vos listes sera identique dans les vingt-sept pays de l’Union ? Sur le fond, bien évidemment. Le mouvement européen que nous avons créé avec Declan Gan¬ley, le héraut du non irlandais, s’appelle Libertas. Son nom symbolise le programme : nous militons pour une Europe qui reconnaisse à chaque peuple le droit de conserver ses libertés fondamentales.Notre Europe étant celle de la diversité et du respect des traditions nationales, nos programmes feront donc logiquement une grande part à chaque spécificité. L’Europe, qui est une di¬mension nécessaire de notre avenir, a dérivé vers un centralisme qui nuit à son efficacité même. On ne peut demander aux Allemands d’avoir les mêmes positions économiques que les Grecs, ou aux Irlandais d’obéir aux mêmes tropismes diplomatiques que les Tchèques ou les Espagnols, pour la simple raison que leurs situations ne sont pas les mêmes…

Et au-delà de ce respect des différences ? Nous voulons porter à la victoire trois idées-force sur lesquelles nos vingt-sept listes nationales seront unies, sans exception. Nous voulons d’abord imposer une Europe géographiquement limitée à son aire historique, autrement dit : sans la Turquie. Ce sujet est brûlant d’actualité puisque je rappelle que, sous la présidence française, huit nouveaux chapitres ont été ajoutés aux négociations d’adhésion avec ce pays et que, dans la Constitution française réformée, il n’est plus question d’un référendum obligatoire sur le sujet. Ensuite, nous voulons une Europe qui devienne réellement démocratique, c’est-à-dire qui respecte la parole des peuples. Est-ce démocratique de refaire voter ceux qui ont voté non jusqu’à ce qu’ils disent oui ? Il ne faut pas chercher plus loin les raisons du discrédit regrettable qui frappe l’Europe actuelle…
Enfin et surtout, nous voulons re¬trou¬ver ce qui fut la raison d’être de la construction européenne : sa dimension protectrice. Une Europe qui se défende et qui nous défende plutôt qu’une Europe qui délocalise. L’Eu¬rope des libertés, c’est l’Europe qui entend relocaliser l’activité.

Sur la question turque, comme sur la question de la défense européenne, symbolisée par l’Otan, les Irlandais sont-ils sur la même longueur d’onde que vous ? Sur la Turquie, la position de Declan Ganley est identique en tout point à la mienne : la Turquie est sans doute un grand pays. Mais il n’a jamais appartenu à l’Europe. Il n’a donc pas à participer aux institutions qui régissent son destin. Sur l’Otan, le problème est différent. L’Irlande est un pays neutre, que la question de la réintégration dans l’Otan ne concerne pas. Je respecte la neutralité de l’Irlande, comme les Irlandais respectent mon opposition de principe à cette perspective que je tiens pour une erreur géopolitique majeure qui aurait deux conséquences : aligner nos intérêts sur ceux des États-Unis et met¬tre nos forces armées à la disposition du gouvernement américain. Barack Obama n’a pas vocation à décider de l’engagement militaire de nos troupes ni à s’immiscer, même indirectement, dans notre politique de dissuasion. J’ajoute que le fait d’avoir pris notre indépendance du commandement intégré, en 1967, ne nous a pas empêchés d’être au côté de nos alliés américains, quand il le fallait. La valeur d’un engagement est proportionnelle à la liberté dont on dispose. Un allié sûr est un allié libre de ses choix. Un allié contraint, cela s’appelle un vassal.

Vous parliez d’une Europe protectrice qui permette à son industrie de résister à la concurrence de ceux qui produisent à moindre coût. Cette conception n’est-elle pas celle qu’a défendue Nicolas Sarkozy l’an dernier à Strasbourg ? Quand le président de la République a prononcé le discours auquel vous faites allusion, j’ai été le premier à le féliciter. Je lui ai dit, en substance : quand la France présidait l’Union européenne, au second semestre 2008, vous avez su la réveiller en bousculant les dogmes de la Commission, en trouvant le langage qu’il fallait face à la Banque centrale européenne, bref en imposant le réalisme à des structures qui ré¬cusent, par principe, toute intervention des États. Mais j’ai aussitôt ajouté : si le traité de Lisbonne que vous avez défendu et signé avait été en vigueur, vous n’auriez rien pu faire de tout cela. Ce même traité interdit en effet explicitement d’envisager la moindre restriction à la liberté des échanges ou à celle des capitaux. Il interdit le principe des subventions nationales, et toute instruction à la Banque centrale est pénalement sanctionnée. Voyez ce qui vient de se passer avec le secteur automobile. À peine Nicolas Sarkozy avait-il annoncé son plan d’aide de 6 milliards à l’industrie automobile, sous réserve qu’il cesse de délocaliser, que la Commission faisait sauter cette restriction. Résultat : le contribuable français va dépenser 6 milliards d’euros pour aider l’industrie automobile à déménager ses unités de production en Extrême-Orient, ce que vient de décider Peugeot avec Mitsubishi. Je n’appelle pas cela faire l’Eu¬rope. J’appelle cela la désarmer.

Que proposez-vous concrètement ? De rendre à l’Europe sa raison d’être : protéger les Européens ! Nous vivons, depuis trente ans, sur un dogme : celui du libre-échangisme sans frein. De soi-disant élites nous avaient promis une mondialisation heureuse à base de désarmement unilatéral de nos protections : nous avons eu un transfert massif de nos productions vers la Chine et quand, aujourd’hui, la crise vient sanctionner cette folie, on nous demande de ne surtout rien changer !

Bruxelles nous demande tout de même de réduire nos déficits qui, de fait, sont impressionnants ! Bruxelles est l’instance la moins qualifiée pour nous demander d’être raisonnables. Car ce déficit effroyable, qui l’a créé ? Certes, l’irresponsabilité de gou¬vernements refusant de freiner leurs dépenses. Mais d’abord et surtout la dissociation structurelle du capital et du travail, direc¬tement issue du libre-échangisme mondial, avec un capital qui prospère en Bourse (jusqu’au krach) et un travail qui déménage là où la main-d’œuvre est la moins chère ! La réduction des déficits, qui est effectivement une priorité, passe justement par l’inversion des facteurs : pour lutter contre l’endettement des États, il faut d’urgence mettre en place un système d’écluses aux frontières de l’Europe, unique moyen de passer du libre-échangisme au juste échange. Ce n’est pas en s’endettant sans frein qu’on sauvera notre protection sociale et l’équilibre de nos systèmes de retraite. C’est en revenant à un tarif extérieur commun européen capable d’amortir les différences entre le coût élevé de notre protection sociale et celle des producteurs extraeuropéens… qui n’en ont pas, ou si peu. Si on ne le fait pas, quelle est l’alternative ? C’est de laisser notre protection sociale chuter au niveau de nos concurrents. Si c’est cela qu’on veut, qu’on le dise ! Mais alors, cela ne s’appelle plus faire l’Europe ; cela s’appelle la détruire !

Peut-on retourner les choses si facilement ? Rien n’est facile, jamais. Mais lorsque l’on sait que, le 7 juin pro¬chain, des listes défendant exactement les mêmes valeurs vont se présenter aux suffrages des Européens, dans chacun de nos vingt-sept pays, on peut sérieusement se remettre à espérer. Pour changer de politique, il faut commencer par changer de majorité à Strasbourg. Et pour la première fois depuis que les élections européennes au suffrage universel existent – c’est-à-dire depuis exactement trente ans –, c’est enfin possible puisque les tenants de l’Europe des peuples sont unis !

Vous voulez dire que les élections européennes vont enfin servir à quelque chose ? Je veux dire que ceux qui veulent vraiment remettre l’Europe à l’endroit ne se contenteront pas de témoigner, voire d’adresser un carton jaune aux équipes au pouvoir. Changer de majorité à Strasbourg pour changer de politique à Bruxelles, voilà l’enjeu. Il est à notre portée.
www.valeursactuelles.com


Mardi 31 Mars 2009
Jean-Claude Raveneau
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